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Le climat se tend davantage autour de la liberté de la presse en Tunisie après l’arrestation du journaliste Mohamed Yousfi, rédacteur en chef du média d’investigation Al-Qatiba. Des journalistes, des militants et des défenseurs des droits ont manifesté mardi 8 septembre à Tunis pour réclamer sa libération et dénoncer ce qu’ils considèrent comme une pression croissante exercée sur les médias indépendants.
Mohamed Yousfi a été interpellé le 4 septembre devant les locaux de la radio privée Express FM, alors qu’il devait participer à une émission consacrée à la politique de l’eau en Tunisie. Selon le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT), il a ensuite été conduit devant une unité spécialisée dans les infractions financières complexes et placé en garde à vue le 5 septembre.
La justice tunisienne a ordonné son maintien en garde à vue dans le cadre d’une enquête portant notamment sur des soupçons d’enrichissement illicite et de blanchiment d’argent. Une source judiciaire citée par l’agence Tunis Afrique Presse (TAP) indique également que l’enquête porte sur plusieurs infractions présumées, dont des faits liés à des flux financiers illicites.
Le SNJT et plusieurs organisations internationales de journalistes contestent cependant la manière dont cette affaire est menée. La Fédération internationale des journalistes (FIJ) et la Fédération européenne des journalistes (FEJ) ont demandé la libération immédiate de Mohamed Yousfi, estimant que son arrestation intervient dans un contexte de fortes pressions sur les journalistes indépendants.
La rédaction d’Al-Qatiba a, elle aussi, réclamé la libération de son rédacteur en chef. Elle affirme que sa garde à vue a été prolongée et dénonce une détention qu’elle juge injustifiée.
L’affaire intervient alors que la situation de la presse tunisienne connaît une dégradation préoccupante. Dans son classement mondial de la liberté de la presse 2026, Reporters sans frontières (RSF) place la Tunisie au 137e rang sur 180 pays, contre le 129e rang en 2025. L’organisation estime notamment que le décret-loi 54 sur les « fausses informations » et la multiplication des procédures judiciaires contribuent à une instrumentalisation croissante du droit contre les professionnels de l’information.
Pour les organisations de défense de la liberté de la presse, le dossier Mohamed Yousfi dépasse ainsi le seul cas d’un journaliste poursuivi pour des infractions financières. Il intervient dans un environnement où plusieurs journalistes et personnalités critiques du pouvoir sont confrontés à des procédures judiciaires, alimentant les inquiétudes sur l’avenir de l’espace médiatique tunisien.
La mobilisation du 8 septembre traduit cette inquiétude grandissante. À travers le cas de Mohamed Yousfi, les professionnels des médias entendent rappeler que la liberté d’informer demeure l’un des principaux indicateurs de l’état démocratique du pays. La Tunisie, longtemps considérée comme l’une des principales réussites démocratiques issues du Printemps arabe, se retrouve aujourd’hui sous une surveillance accrue des organisations de défense des libertés publiques.