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Depuis l'aube de l'indépendance jusqu'au crépuscule de ce présent désenchanté, une vérité s'impose avec la rigueur d'un constat historique : la communauté maure a failli à édifier l'État.
Elle avait reçu en héritage un territoire immense, une promesse de nation, l'occasion rare de transmuter le sable en République. Qu'en a-t-elle fait ? Elle a substitué à l'architecture de l'État le souk de la prébende. Elle a fait de la Kleptomanie non un vice, mais une institution,de la corruption, non une dérive, mais une méthode de gouvernement.
Sa gouvernance fut l'art de la déconstruction. Elle a exalté le tribalisme comme constitution occulte et le régionalisme comme doctrine de développement. Elle a préféré l'allégeance à la compétence, célébré la médiocrité docile et puni l'excellence insoumise,dans ses palais, le mouchard zélé est devenu l'oreille du prince, et l'exil, le destin naturel du juste.
Voyez ses villes : Nouakchott, jadis promesse, aujourd'hui allégorie d'une incurie poubelle, où l'urbanité se meurt sous les immondices. Voyez son école : saccagée par une arabisation outrancière, entreprise sans esprit, qui n'a ni arabisé ni instruit, mais qui a précipité la déroute des intelligences. Voyez sa jeunesse : condamnée à la fuite, cerveau en exode, force vive qui ne rêve que d'ailleurs.
Ce n'est point l'échec d'un homme, ni la faute d'un régime. C'est l'échec d'un système, d'un entre-soi séculaire qui, depuis mille neuf cent soixante, se transmet le sceptre comme on se transmet un butin. Les visages changent, les boubous changent, mais la main qui pille demeure la même.
L'unité nationale dont elle se gargarise n'est qu'un voile pudique jeté sur le monopole,on ne fonde pas l'unité sur la confiscation.
Alors l'heure est venue de prononcer la sentence que l'histoire murmure déjà : puisque vous avez échoué, abdiquez.
Il est temps de confier le gouvernail à une autre main de ce pays. Que les fils des fleuves, Halpulaar au verbe haut, Soninké à la mémoire longue, Wolof à la sagesse urbaine, Haratine à la dignité si longtemps bafouée, tentent à leur tour l'édification que vous n'avez su accomplir.
Sid’ahmed Khlil