[04/08/2026]    

Silly Magou Korera : une voix de la cohésion sociale s’est éteinte



La communauté soninké vient de perdre l’un de ses hommes les plus attachants, les plus écoutés et les plus profondément engagés dans la préservation de ses valeurs. Silly Magou Korera n’était pas seulement un érudit ou un homme de parole. Il occupait une place particulière dans la communauté : celle d’un médiateur, d’un rassembleur et d’un artisan de la cohésion sociale et de la réconciliation entre les hommes.
Très tôt, son destin fut placé sous le signe du savoir et de la transmission. Dès l’âge de deux ans, il fut confié à l’enseignement coranique à la mahadra de Fodie Soulé Cissé. Il y consacra de longues années de sa jeunesse, jusqu’à l’achèvement de son apprentissage du Saint Coran. À l’âge de 24 ans, il retourna à Goynit, son village natal, riche non seulement d’un savoir religieux profondément assimilé, mais aussi d’une expérience humaine qui allait progressivement faire de lui une référence.
Comme beaucoup de Soninkés de sa génération, il prit ensuite le chemin de l’émigration et s’installa en France. Mais l’éloignement géographique ne signifia jamais pour lui un éloignement de sa communauté. Il n’a jamais abandonné le rôle que les siens lui avaient naturellement confié. Où qu’il se trouve, il demeurait attentif aux siens, à leurs difficultés, à leurs différends et à leurs préoccupations.
Silly Magou était surtout un parolier hors pair. Mais sa parole n’était ni une parole de confrontation ni une parole destinée à diviser. Elle était une parole qui apaise, qui rapproche et qui réconcilie. Il savait trouver les mots justes lorsqu'une famille se déchirait, lorsqu'un différend opposait des hommes ou lorsque la communauté avait besoin de retrouver son unité.
C’est probablement là que résidait son extraordinaire dimension humaine : il savait parler aux hommes sans les humilier, corriger sans blesser et réconcilier sans prendre parti. Sa sagesse ne venait pas seulement de ses connaissances religieuses ; elle était aussi nourrie par une profonde connaissance des hommes, de leurs forces, de leurs faiblesses et de leurs contradictions.
Il était écouté parce qu’il était respecté. Il était respecté parce qu’il avait consacré sa parole au bien collectif. Et il était aimé parce que, derrière l’érudit et le médiateur, il y avait un homme d’une grande simplicité et d’une immense générosité.
Son influence dépassait les frontières de son village natal. De Goynit à la diaspora, et particulièrement en France, Silly Magou Korera était devenu une voix familière de la communauté soninké. Une voix que l’on sollicitait, une voix que l’on entendait et, surtout, une voix que l’on suivait.
Sa disparition laisse donc un vide qui dépasse le cercle familial. Elle prive la communauté d’un de ses médiateurs naturels, d’un gardien de la parole et d’un homme dont la mission semblait être de rappeler inlassablement aux uns et aux autres que la communauté ne peut survivre à ses divisions que par le dialogue, la compréhension et la réconciliation.
Nous pleurons aujourd’hui un homme, mais nous pleurons surtout une œuvre, une parole et une mission.
Que son héritage ne soit pas seulement conservé dans nos souvenirs. Qu’il inspire ceux qui lui survivront à poursuivre ce qu’il avait commencé : rapprocher les hommes, apaiser les conflits et renforcer les liens qui unissent la communauté.
À sa famille, à ses proches, à Goynit et à toute la communauté soninké, j’adresse mes condoléances les plus attristées.
Qu’Allah, dans Son infinie miséricorde, accueille Silly Magou Korera au Firdaws, lui pardonne ses fautes et fasse de son savoir, de ses paroles et de ses œuvres une œuvre continue de bien.

Inna lillahi wa inna ilayhi raji’un.

Ton fils et admirateur,
Seydi Moussa Camara

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