[26/07/2026]    

L’éditorial de La Nouvelle Expression : «La continuation» : le défi d'un pays… ou le vide d'une réponse ?
À mon ami Sneiba.



Mon cher Sneiba,
Permets-moi de commencer par un aveu. Lorsque le Président de la République a répondu à ta question, j'ai sincèrement cru qu'il n'avait pas terminé sa phrase. J'ai attendu la suite. Comme des millions de Mauritaniens, je l'attends toujours.
Je n'ai pas eu le privilège d'assister à cette conférence de presse. Pourtant, je m'y étais préparé. À écouter les questions, j'ai eu l'impression d'y être sans y être. Je rends hommage aux confrères qui ont refusé d'être les figurants d'un exercice de communication. Ils ont fait leur métier : questionner le pouvoir au nom du peuple.
Et ta question, Sneiba, était sans doute la plus politique de toutes.
Quel est le plus grand défi ….(…)?
La question était limpide.
La réponse, elle, est devenue un labyrinthe.
Le Président reconnaît qu'il existe plusieurs défis. Puis il ajoute que « le plus grand défi est la continuation ».
La continuation...
J'ai cherché le sujet.
J'ai cherché le complément.
J'ai cherché le sens.
Je n'ai trouvé qu'un mot.
Et un mot, lorsqu'il n'est pas porté par une vision, finit souvent par révéler un vide.
Continuation de quoi ?
De quel projet ?
De quelle réforme ?
De quelle réussite ?
De quel modèle ?
Vers quel avenir ?
Vers quelle Mauritanie ?
Les mots sont les cartes d'identité de la pensée. Plus une pensée est claire, plus les mots sont précis. À l'inverse, lorsque les mots deviennent flous, ils laissent planer un doute sur la vision qu'ils sont censés porter.
Or un Président ne parle jamais uniquement aux journalistes. Il parle à toute une Nation. Chaque mot prononcé engage une lecture du présent et dessine une promesse d'avenir.
Et c'est précisément là que cette réponse interroge.
Car la Mauritanie n'est pas un concept.
La Mauritanie est un peuple.
Elle est cette mère qui ne sait plus comment remplir la marmite.
Elle est ce père qui passe ses journées à chercher un emploi qui n'existe pas.
Elle est cette jeunesse diplômée qui attend depuis des années qu'on lui ouvre une porte.
Elle est cet enfant qui, au lieu de tenir un cahier, tire une charrette sous un soleil de plomb pour nourrir sa famille.
Voilà les défis de la Mauritanie.
Ils ont un visage.
Ils ont un nom.
Ils ont une douleur.
Ils ne s'appellent pas « continuation ».
Au moment où le pays se prépare à un dialogue présenté comme historique, les Mauritaniens attendaient une parole capable de rassembler, de projeter, de rassurer.
Ils attendaient une vision.
Ils ont reçu une abstraction.
Ils attendaient une direction.
Ils ont reçu un mot.
Ils attendaient une boussole.
Ils ont reçu une énigme.
Et c'est peut-être cela qui résume le mieux le malaise de cette conférence de presse.
À plusieurs reprises, on a eu le sentiment que les réponses contournaient les questions plus qu'elles ne les affrontaient. Comme si l'essentiel consistait moins à convaincre qu'à traverser l'exercice sans prendre le risque de nommer les véritables urgences.
Pourtant, gouverner, ce n'est pas seulement administrer.
Gouverner, c'est voir avant les autres.
Nommer avant les autres.
Décider avant les autres.
Un chef d'État est attendu sur sa capacité à donner un cap, pas à produire des formules que chacun est contraint d'interpréter.
Car enfin, si le principal défi est réellement « la continuation », alors la question devient inévitable :
Continuer quoi ?
Continuer une école qui se vide pendant que les rues se remplissent d'enfants travailleurs ?
Continuer une économie qui laisse tant de jeunes au bord du chemin ?
Continuer un climat social où les frustrations s'accumulent plus vite que les solutions ?
Continuer une gouvernance dont les résultats sont eux-mêmes au cœur du débat national ?
Ou continuer simplement... parce qu'il faut continuer ?
Voilà pourquoi cette réponse dérange.
Non parce qu'elle est courte.
Mais parce qu'elle laisse l'impression qu'au sommet de l'État, le diagnostic du pays demeure plus flou que les souffrances de ceux qui le vivent.
La Mauritanie est un grand pays.
Mais c'est aussi un grand malade.
Et lorsqu'un médecin annonce à son patient que le traitement consiste simplement à « continuer », sans expliquer ni le mal ni le remède, il ne soigne pas ses inquiétudes ; il les prolonge.
Au fond, mon cher Sneiba, ta question était excellente.
Parce qu'elle obligeait à hiérarchiser les priorités.
Parce qu'elle obligeait à dire la vérité.
Parce qu'elle obligeait à révéler une vision.
La réponse, elle, restera sans doute comme le symbole d'une occasion manquée.
Et je terminerai par cette conviction.
Le plus inquiétant n'est peut-être pas ce que le Président a dit.
Le plus inquiétant est tout ce qu'il n'a pas dit.
Car un peuple qui cherche une direction n'attend pas une énigme.
Il attend une boussole.
Et les énigmes gouvernent rarement les nations.

Camara Seydi Moussa

CULTURE

POLITIQUE

SOCIETE

ECONOMIE

SPORT

Image
Le cinquantenaire de l’Association cuturelle ‘’Bamtaare pulaar’’
Image
Conférence de presse du président Ghazouani : l'analyse du Président Samba Thiam

Image
Réflexion – Contribution | « Une société ne construit pas nécessairement la paix en supprimant les différences, mais en apprenant à organiser les différences. » Tentative de réflexion par le Dr. Ousmane Sao


Image
Kenya : le méga data center de Microsoft bloqué par une affaire de paiements
Le projet technologique d’un milliard de dollars serait ralenti par des garanties financières demandées aux autorités kényanes.
Image
Finale de la CAN 2025 : Le roi du Maroc refuse la demande de grâce du président sénégalais