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La Nouvelle Expression : Pour commencer, pouvez-vous nous présenter Diaspora Action Santé, sa création, sa mission et les objectifs qui ont guidé sa mise en place ?
Laliya Camara : Diaspora Action Santé est une association humanitaire née d’une volonté simple mais profonde : mettre les compétences, l’engagement et la solidarité de la diaspora au service des populations qui ont le plus besoin d’un accès aux soins. Notre mission est de contribuer à améliorer l’accès aux soins de santé, particulièrement dans les zones rurales et les localités éloignées des grandes structures sanitaires. Nous souhaitons également agir dans la prévention, le dépistage, la sensibilisation et l’éducation à la santé.
Derrière Diaspora Action Santé, il y a surtout des femmes et des hommes qui ont fait le choix de ne pas oublier leurs villages d’origine, leurs familles et leurs communautés.
La Nouvelle Expression : Depuis sa création, quelles sont les principales actions et réalisations de Diaspora Action Santé, en Mauritanie comme auprès de la diaspora ?
Laliya Camara : Nous avons progressivement développé des actions de terrain, notamment des missions médicales et des caravanes de santé dans différentes localités. Nous avons notamment organisé une caravane dans la commune de Bouanze en octobre 2024 et dans la commune de Tachott en octobre 2025 avec environ 5 000 consultations par mission. Nous avons également poursuivi notre engagement dans la région du Guidimakha.
Ces missions réunissent différentes spécialités médicales afin d’apporter une prise en charge aussi complète que possible. Mais notre action ne s’arrête pas au terrain : nous travaillons également à mobiliser la diaspora autour des questions de santé, du don de matériel, de médicaments, du soutien aux structures locales et de la sensibilisation.
La Nouvelle Expression : Votre organisation intervient notamment dans le domaine de la santé. Quels sont aujourd’hui les principaux besoins sanitaires auxquels vous êtes confrontés sur le terrain ?
Laliya Camara : Sur le terrain, nous constatons plusieurs besoins : l’accès aux consultations spécialisées, le dépistage des maladies chroniques comme l’hypertension et le diabète, la santé de la femme et de l’enfant, les soins dentaires, l’ophtalmologie ou encore la prise en charge ORL.
Il y a également un besoin très important de prévention et d’éducation sanitaire. Nous voulons donc dépasser le simple modèle de la consultation médicale pour construire une véritable culture de prévention.
La Nouvelle Expression : La santé de proximité constitue-t-elle, selon vous, un enjeu particulier pour les populations rurales et les villages éloignés des grands centres urbains ?
Laliya Camara : Absolument. Pour une personne vivant dans une grande ville, consulter un spécialiste peut parfois être une démarche relativement simple. Dans certaines zones rurales, cela peut représenter des heures de déplacement, des frais importants et parfois même l’impossibilité de consulter. La santé de proximité permet donc de rapprocher le professionnel de santé du patient. C’est une question d’équité : le lieu où l’on vit ne devrait pas déterminer la qualité des soins auxquels on peut accéder.
La Nouvelle Expression : Vous préparez actuellement une caravane de santé destinée au village de Dafort, prévue en décembre prochain. Comment est née cette initiative et pourquoi avoir choisi Dafort ?
Laliya Camara : Cette initiative est née d’une volonté de poursuivre notre travail au plus près des populations. La demande de la mission Humanitaire a été faite par 2 associations de Dafort dont UDDS qui se trouve en France. Dafort est une localité qui nous tient particulièrement à cœur. Nous avons souhaité y apporter une réponse concrète aux besoins sanitaires exprimés par la population et par les acteurs locaux.
Pour nous, cette caravane représente aussi une manière de créer un lien fort entre les professionnels de santé de la diaspora et les populations de Dafort.
La Nouvelle Expression : Quels seront les objectifs prioritaires de cette caravane et quelles spécialités ou prestations médicales seront proposées à la population ?
Laliya Camara : Notre premier objectif sera de permettre au plus grand nombre de personnes d’avoir accès gratuitement à des consultations et à des soins. Nous souhaitons mobiliser plusieurs spécialités, notamment la médecine générale, la gynécologie, la pédiatrie, la stomatologie et les prothèses dentaires, l’ophtalmologie et l’ORL. Nous souhaitons également mettre l’accent sur le dépistage et l’orientation des patients nécessitant une prise en charge complémentaire.
La Nouvelle Expression : Au-delà des consultations, cette caravane prévoit-elle des actions de dépistage, de sensibilisation, de prévention ou d’éducation sanitaire ?
Laliya Camara : Oui, et c’est même un aspect essentiel de notre projet. Une caravane de santé ne doit pas seulement venir consulter des patients pendant quelques jours puis repartir. Nous voulons profiter de notre présence pour sensibiliser la population aux facteurs de risque, au dépistage précoce et à l’importance du suivi médical.
Nous souhaitons notamment travailler autour de l’hypertension, du diabète, de la santé de la femme et de l’enfant, de l’hygiène, de la santé bucco-dentaire et de la prévention.
La Nouvelle Expression : Comment Diaspora Action Santé compte-t-elle mobiliser les professionnels de santé, les bénévoles, les partenaires et les ressortissants de Dafort autour de cette initiative ?
Laliya Camara : Une telle action ne peut pas être portée par une seule association. Elle repose sur une véritable mobilisation collective. Nous allons donc faire appel aux professionnels de santé, aux bénévoles, aux associations partenaires, aux ressortissants de Dafort et à toutes les personnes qui souhaitent contribuer à cette initiative. Chacun peut apporter quelque chose : son expertise, son temps, du matériel, un soutien financier, une capacité d’organisation ou simplement son énergie.
La Nouvelle Expression : Quelle place souhaitez-vous accorder aux femmes, aux enfants et aux personnes âgées ?
Laliya Camara : Une place prioritaire. Les femmes, les enfants et les personnes âgées peuvent rencontrer des difficultés particulières d’accès aux soins. Nous voulons donc être particulièrement attentifs à leurs besoins. La santé de la femme, la santé maternelle, la santé pédiatrique et le suivi des personnes âgées feront partie de nos préoccupations importantes.
La Nouvelle Expression : Cette caravane de Dafort doit-elle être considérée comme une action ponctuelle ou comme le début d’un programme sanitaire plus durable dans la localité ?
Laliya Camara : Notre ambition est clairement d’aller vers quelque chose de durable. Une caravane peut répondre à une urgence ou à un besoin immédiat, mais notre objectif est de construire progressivement un programme qui permette de maintenir le lien avec les populations, les acteurs sanitaires locaux et surtout le pôle de santé de Dafort. Nous voulons également réfléchir à la continuité du suivi des patients, à la prévention et au renforcement des compétences locales.
La Nouvelle Expression : Quels sont aujourd’hui les principaux obstacles auxquels Diaspora Action Santé est confrontée ?
Laliya Camara : Comme beaucoup d’associations humanitaires, nous faisons face à des contraintes financières et logistiques. Organiser une caravane médicale nécessite du matériel, des médicaments lorsque cela est nécessaire, du transport, de la logistique et surtout la mobilisation de professionnels de santé disponibles. Mais nous considérons que ces difficultés peuvent être surmontées lorsque nous arrivons à fédérer les bonnes volontés autour d’un objectif commun.
La Nouvelle Expression : Quel rôle la diaspora peut-elle jouer, au-delà des contributions financières ?
Laliya Camara : La diaspora possède une richesse considérable en matière de compétences et d’expériences. Elle peut contribuer par son expertise, ses réseaux professionnels, la formation, le transfert de compétences, l’accompagnement des structures locales et la mise en place de partenariats.
La solidarité ne doit donc pas être uniquement financière. Elle peut aussi être humaine, professionnelle et institutionnelle.
La Nouvelle Expression : Quelles sont les perspectives de Diaspora Action Santé pour les prochaines années ?
Laliya Camara : Nous souhaitons poursuivre et développer nos caravanes de santé dans d’autres localités qui feront la demande et rencontrent des difficultés d’accès aux soins. Mais notre ambition est également de développer des programmes de prévention, de sensibilisation et de formation.
Nous voulons construire une association capable de créer des passerelles durables entre les professionnels de santé de la diaspora et les communautés sur le terrain.
La Nouvelle Expression : Quel message souhaitez-vous adresser aux professionnels de santé, aux partenaires, aux associations et aux membres de la diaspora ?
Laliya Camara : Nous leur adressons avant tout un appel à la solidarité et à la mobilisation. Si chacun apporte une petite partie de son temps, de ses compétences ou de ses moyens, nous pouvons accomplir beaucoup. Nous lançons particulièrement un appel aux professionnels de santé : votre compétence peut changer concrètement la vie d’une personne. Nous appelons également les partenaires et les membres de la diaspora à nous accompagner afin que cette caravane de Dafort puisse être une réussite collective.
La Nouvelle Expression : Enfin, quel message adressez-vous aux habitants de Dafort à l’approche de cette caravane de santé de décembre ?
Laliya Camara : Aux habitants de Dafort, je voudrais dire que cette caravane est avant tout la vôtre. Nous venons avec nos compétences, notre expérience et notre volonté de servir, mais nous voulons surtout vous écouter et comprendre vos besoins. Nous espérons que cette rencontre sera un moment de soins, de prévention, de partage et de solidarité. Et nous voulons leur dire une chose très importante : vous n’êtes pas oubliés. Diaspora Action Santé sera à vos côtés avec beaucoup d’humilité, de respect et de fraternité.