[15/09/2026]    

Houweyiti : une avancée qui bute sur la réalité mauritanienne



Houweyiti est une bonne idée. Mais une bonne idée ne devient pas automatiquement un bon service public.
L’application est censée simplifier l’accès aux services de l’état civil et éviter aux citoyens des déplacements longs et coûteux. Sur le principe, c’est une avancée.

Mais sur le terrain, la réalité est autrement plus compliquée.

L’étape de la photo, indispensable à l’installation et à l’identification, constitue déjà un obstacle pour de nombreux citoyens. Certains multiplient les tentatives avant de parvenir à franchir cette étape. D’autres finissent par chercher de l’aide auprès des services de l’administration.

À l’ANRTS, le spectacle est révélateur : des dizaines de citoyens viennent chercher une solution à leurs difficultés avec Houweyiti. Et un seul agent tente de les aider, téléphone après téléphone. Lorsqu’il parvient à installer l’application, il doit encore passer par son ordinateur pour effectuer la validation. Un seul agent, ce jour 15 septembre 2026, face à des dizaines de demandeurs. Et pendant ce temps, les citoyens attendent.

Mais derrière ces files d’attente se trouvent parfois des situations beaucoup plus préoccupantes.

Une jeune dame, qui souhaite garder l’anonymat, raconte ainsi son expérience à l’occasion du concours de la douane. Elle affirme avoir réussi, après beaucoup de difficultés, à installer Houweyiti. Mais plus de cinq jours après, son application n’était toujours pas validée. Résultat : elle n’a pas pu déposer son dossier à temps pour le concours.

Son problème ne s’est pas arrêté au blocage de l’application. Elle a également tenté de joindre les numéros d’assistance indiqués sur la plateforme. Sans succès.

Ce témoignage pose une question sérieuse : un dysfonctionnement technique peut-il devenir un obstacle à l’accès d’un citoyen à une opportunité publique ?

Voilà pourquoi Houweyiti doit être regardée non seulement comme un projet numérique, mais comme un véritable service public. Un service public doit fonctionner. Et lorsqu’il rencontre un problème, il doit offrir au citoyen une solution.

Renforcer les équipes d’assistance, notamment dans les agences accueillant un grand nombre d’usagers. Multiplier les postes de validation pour éviter qu’un seul agent soit confronté à des dizaines de demandes. Rendre effectivement joignables les numéros d’assistance affichés sur la plateforme.

Accélérer les procédures de validation, particulièrement lorsqu’elles conditionnent l’accès à un concours, à un recrutement ou à une démarche administrative soumise à une date limite.

Et surtout, prévoir une procédure de secours : lorsqu’un citoyen prouve qu’il a tenté d’accomplir sa démarche dans les délais mais que le blocage provient du système, il ne devrait pas perdre son droit à candidater.

La digitalisation est une nécessité. Mais elle ne doit jamais transformer un problème technique en sanction pour le citoyen. Houweyiti doit être une porte vers l’administration, pas un verrou supplémentaire.

La Mauritanie a besoin de services publics numériques modernes. Mais la modernité ne se décrète pas avec une application. Elle se mesure à une chose très simple : la capacité du citoyen ordinaire à accomplir sa démarche, dans les délais, sans devoir supplier un agent de lui venir en aide.

Houweyiti peut être une avancée majeure. À condition maintenant de faire fonctionner l’outil à la hauteur de l’ambition.

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